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Evangile de Jésus-Christ
Selon saint Luc
(IX, 25-36)
Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ? Car celui
qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. "Je vous le dis vraiment, il
en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu." Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean
et Jacques, il gravit la montagne pour prier. Et il advint, comme il priait, que l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d'une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes
s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu'il allait accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil.
S'étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : "Maître, il est heureux que
nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie" : il ne savait ce qu'il disait. Et pendant qu'il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son
ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. Et une voix partit de la nuée, qui disait : "Celui-ci est mon Fils, l'Elu, écoutez-le." Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva
seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu.
Commentaire :
Nous avons du mal avec la prière. Et
pourtant si nous savons combien chaque fois que nous nous mettons à prière, ce qui s'engage comme énergie spirituelle du côté du ciel pour venir à ce rendez-vous que nous leur fixons nous-mêmes à
Dieu, Jésus-Christ, l'Esprit Saint, la Vierge Marie, les saints, etc. Là, dans la prière, le Christ peut nous inviter à le suivre.
Effectivement, juste avant ce passage, Saint Luc nous raconte l'échange de paroles entre Jésus et ses
disciples. Les mots sont très sérieux : "Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive…. Quel avantage l'homme a-t-il à gagner le
monde entier, s'il ne se perd ou se ruine lui-même ?" (Lc 9, 23-25). C'est bien une prière que propose Jésus aux trois disciples qu'il a invité à l'accompagner. Et, c'est au cours de cette
prière totalement ouverte vers son Père que Jésus rencontre des hommes que l'histoire du peuple retient comme étant déjà morts depuis longtemps : Moïse et Elie. Moïse rassemble tout ce que le
peuple a reçu par la Loi, des dix commandements sur lesquels se sont installés l'identité d'Israël, sa morale, son lien avec Dieu et avec les autres peuples. Elie rappelle la densité des mots et
des signes innombrables que le peuple de Dieu a reçus des prophètes. Cet 'événement extraordinaire vient nous dire ce qui se joue pour chacun de nous quand notre prière s'ouvre sur
l'inconnu
"Moïse et Elie apparurent en gloire", dit le récit. Ils parlaient avec Jésus de son départ qui allait
s'accomplir à Jérusalem. Nous pouvons donc comprendre que Moïse et Elie connaissaient Jésus sans le savoir quand ils étaient dans ce monde. En priant, Jésus ne fait que retrouver tous ceux qui
ont parlé de lui à travers tous les mots de la Bible, de l'Ecriture. Tout ce que Dieu a offert de Lui vers l'homme depuis toujours, son amour, sa miséricorde, sa vérité, sa justice, c'était déjà
son Fils qu'il laissait ainsi venir vers les hommes. Mais Moïse comme Elie ne savaient pas de qui ils parlaient quand ils laissaient leur cœur annoncer au peuple ce qui les traversait. Ils
parlaient déjà du Fils de Dieu. Ce fils de Dieu ne se voit pas. Il est dans ce qui se met à parler en nous et que nous ressentons comme vie, paix, amour, beauté, joie. Il ne nous donne pas le
mode d'emploi pour atteindre le Paradis. Mais il traverse nos chairs et, si nous consentons à l'entendre, il les conduit peu à peu à suivre Jésus là où il doit aller.
Ainsi la prière de Jésus n'est pas un rêve personnel sur ce qui suivrait sa mort. Elle est une rencontre avec
ceux qui ont déjà connu le prix de la grâce, c'est-à-dire le prix de cette parole active, créatrice qui vient prendre place dans la vie des hommes pour les conduire à Dieu. Or, celui qui reçoit
ce don doit pouvoir vivre comme tout le monde. Pour Jésus cela passe donc par la croix, par les clous, suivant ce qu'on lit juste avant : "Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup,
qu'il soit rejeté par les anciens, les scribes et les grands-prêtres, qu'il soit mis à mort et qu'il ressuscite." (Lc 9, 22) Ceux qui veulent suivre Jésus sont donc simplement invités, si
l'on peut dire, à vivre parmi les hommes, leur violence, leur incroyable violence !
Les disciples présents avec Jésus sont en sommeil, dit le récit. Cela veut dire qu'ils sont en attente de la
résurrection. Or, cette résurrection, elle se trouve devant eux. Celui qui vit caché dans la chair de chacun, manifeste sous leurs yeux qu'il est éternel et qu'il va faire de la vie personnelle
mortelle une vie éternelle. Saint Paul le dit ainsi : "Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire." (Cf. 1 Cor, 15,
35-56).
Mais l'événement perçut par les trois disciples perturbe Pierre. Il se montre quelque peu technique, comme
beaucoup d'entre nous. Il aime les choses rangées et compréhensibles. Il souhaiterait alors fixer ce moment merveilleux où la nuée recouvre les trois personnages et maintenir l'éternité sous
trois tentes. Combien serions-nous heureux d'en faire autant avec nos disparus ! Or, la voix qui descend du ciel est très claire même si le contenu surprend : "Celui-ci est mon fils
bien-aimé, écoutez-le". Nous ne savons donc rien de l'avenir mais le Christ sait où il veut nous conduire.
Comment revoir notre prière, notre relation à Dieu ? Nous voulons bien suivre le Christ. Mais entendons-nous
ce qu'il dit à travers tous les signes qu'il nous a laissés ? La vie humaine porte les blessures anciennes des hommes et les blessures actuelles de nos déceptions, des ruptures, des conflits et
heureusement aussi nous vivons quelques beaux moments de joie et de paix entre nous. Il ne faut pas fuir le monde, la vie des peuples, spécialement ceux qui sont les plus en souffrance. Tous les
instants de tout homme sont rassemblés pour en recevoir une dimension de vie et d'amour éternels. Chercher à passer au delà par peur de la vie réelle, ne serait-ce pas risquer
d'échapper à ce don de vie éternelle dans lequel se trouvent tous nos propres défunts ?
Ici au Laus, Benoîte Rencurel a bien entendu les mots de Dieu à travers la présence et les paroles de la
Vierge Marie. Ils introduisaient le signe immense de la vision qu'elle vivra du Christ en croix. Elle saura alors ne pas se fermer les yeux sur ce signe. Elle consentira à prendre avec elle
toutes les souffrances vécues par les hommes afin que l'amour de Dieu les transforme en paix définitive.
+ Père Bertrand Gournay,
Recteur