Mardi 9 mars 2010
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Evangile de Jésus-Christ
Selon saint Luc
(XIII, 01-09)
En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était
arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes pour le sacrifice. Prenant la parole, il leur dit : "Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens
fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement. Ou ces dix-huit personnes que la tour de
Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous
périrez tous de même." Il disait encore la parabole que voici : "Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n'en trouva pas. Il dit alors au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre
pour rien ? L'autre lui répondit : Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être
donnera-t-il des fruits à l'avenir... Sinon tu le couperas."
"Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens
fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ?"
Commentaire :
Nous restons encore sensibles aux derniers événements de ces semaines passées : le tremblement de terre d'Haïti,
celui du Chili, la tempête en Charente et en Vendée. Chaque fois, l'émotion passée, la question de la malchance, de l'injustice, du scandale d'un Dieu impassible revient. Plus universels, la
shoah, la faim dans le monde, les massacres de Bosnie et ceux du Rwanda sont encore présents dans nos mémoires et le drame de leur violence soulève encore bien des questions.
Là, Jésus aborde directement ces questions sous la provocation de gens encore remués par ce qu'ils viennent
d'apprendre : Pilate, le gouverneur romain de Galilée où Jésus se trouve, a fait tuer des gens qui pratiquaient un sacrifice et a mélangé leur sang
avec celui des bêtes tuées. Ce massacre les effraie autant que l'injustice de cette tour qui, en s'effondrant, a tué des innocents. Nous sommes bien dans les mêmes questions que celles de nos
contemporains sur le scandale de la mort. Elle nous fait du mal cette mort car elle apparaît arbitraire, sans loi particulière, touchant de diverses manières tous les hommes sans exception par
l'accident, la maladie, la vieillesse et toutes les autres causes au sein de la vie collective.
Jésus pourrait se trouver enfermé lui-même dans cette question sans issue, comme nous le serions tous, si nous
n'avions pas son propre témoignage dans nos cœurs. Précisément, Jésus répond en insistant plusieurs fois : "Je vous le dis". Cela nous indique qu'il a quelque chose de tout nouveau à offrir aux
hommes pour sortir de cette loi massive qui paraît enfermer tous les hommes dans la mort quoi qu'il en soit de leurs vies : qu'elles soient justes ou sans justice, vertueuses ou remplies de
péchés.
Juste avant ce passage, Jésus avait invité chacun de ses auditeurs à savoir juger par eux-mêmes de ce qui est juste
(12, 57). Cela devrait suffire à nous aider à sortir d'une sorte de condamnation implacable sur le sort réservé aux hommes. Devons-nous croire ce que nous entendons de partout : que les guerres,
les milliers de têtes nucléaires, les changements climatiques dues aux pollutions humaines auront raison de nos vies personnelles, vont accélérer nos morts et notre fin ? Certes les dangers pour
les hommes sont là. Les shoahs reviendront parce que la bête humaine dont parlait déjà Saint Augustin puis Albert Einstein est sans cesse à l'affut pour anéantir l'horizon de l'avenir des hommes.
Mais, cherchons à devenir chrétiens et quelque chose commencera de poindre, ce qui, bien sûr, n'est pas une mince affaire et jamais parfaitement acquis.
Pour devenir un peu chrétiens, il nous faut alors reprendre contact avec le Christ. Regardons-le agir. Il rencontre
un lépreux et, à sa demande d'être purifié, Jésus étend sa main, le touche et lui dit : "Je le veux, sois purifié" et à l'instant la lèpre le quitte.
(Lc 5, 12-15) Là, nous constatons que la rencontre avec Jésus est plus puissante que cette maladie implacable que peut être la lèpre : "Va-t-en te montrer
aux prêtres et fais l'offrande pour ta purification comme Moïse l'a prescrite. Ce sera pour eux un témoignage." Cette guérison montre qu'un lien intime mais de foi avec Jésus oriente
l'avenir autrement que celui qui se profile par la mort issue de toutes les formes des violences de la vie.
C'est ainsi que peut se comprendre la petite parabole de Jésus sur l'homme propriétaire d'un figuier planté dans sa vigne et du vigneron. Tout semble montrer que le figuier ne pourra se relever de sa stérilité. Mais tout n'est pas joué pour lui. L'homme
et le vigneron discutent ensemble sur ce qu'ils pourraient faire ensemble pour permettre à ce figuier de donner les fruits qu'on est en droit d'espérer pour lui. Ils nourrissent sa terre et
attendent la saison suivante. Si ce don ne suffit pas, il faudra se résoudre à le couper, dit le vigneron à son maître.
Le souci du propriétaire et de son vigneron sera de réveiller le figuier afin qu'il réalise ce pourquoi il a été
planté en donnant des fruits en abondance. De même pour chacun de nous. Un don est adressé à tout homme pour qu'il réalise ce pourquoi il est né : donner des fruits en abondance. La terre peut se
trouver ingrate, les accidents de croissance peuvent être nombreux et mille risques peuvent empêcher l'arbre de donner des fruits. L'homme vit le même sort : les risques contre sa vie sont
innombrables. Le Seigneur, lui, ne renonce pas à offrir ce qu'il y a de meilleur pour que la vie reparte autrement. Peut-être et même sûrement, d'une manière ou d'une autre, la mort nous atteint
tous. Mais ce n'est pas ce qui se voit ; ce n'est pas le corps malade, le corps appauvri, affamé et assoiffé qui est la fin de notre vie. Un dialogue filial, de fils à père, de père à fils peut
naître et progresser avec le Seigneur.
"Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes ce qui est juste ?" demande Jésus aux foules inquiètes de leur avenir. Et
nous, 0ù en sommes-nous ? Ne sommes-nous pas comme ces foules sans cesse inquiètes sur l'avenir du monde et sur elles-mêmes ? Pourquoi ne serions-nous pas un plutôt inquiets de la pauvreté de
notre Espérance, de la confiance dans le Seigneur ? Puisque c'est lui qui nous a donné la vie, pourquoi ne pas nous tourner plus souvent vers lui pour parler avec lui de la vérité de notre
devenir, de l'avenir des hommes pour les lui confier ? Voilà ce qui serait juste.
+ Père Bertrand Gournay,
Recteur